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latitude 0…et s’appelle Mike Horn. Sud-africain d’origine, suisse d’adoption, Mike Horn a été élevé au Biltong, cette viande séchée dont on nourrit les petits sud africains depuis le berceau, et de là à penser qu’il en a gagné cette extraordinaire force musculaire, il n’y a qu’un pas que je me suis empressée de franchir. Je suis officiellement à la recherche de ce produit miracle dont je compte gaver mes enfants jusqu’à suffocation. Mais je m’égare. Donc Mike Horn est un explorateur sud-africain, un des rares qui méritent encore cette appellation qui n’a plus lieu d’être depuis que l’homme a inventé le concept de confort moderne, d’agence de voyage et du all-inclusive. Sa vie est consacrée aux challenges, aux défis les plus fous qu’on puisse imaginer, comme descendre le fleuve Amazone à la nage, ou parcourir le pôle Nord à pied de nuit, etc. Pour cela, il se fait sponsoriser bien sûr par de grands groupes, mais aussi soutenir par des mécènes admiratifs devant l’exploit de cet être humain hors du commun.

En 1999, il décide de faire le tour du monde en suivant la ligne de l’équateur, en se donnant une marge de 20 km de part et d’autre à ne pas dépasser, au cas où des obstacles vraiiiiment insurmontables se mettraient sur son chemin et qu’il n’ait pas d’autre choix que de les contourner. Mais la lecture de son récit nous montre que non seulement il ne contourne rien du tout, mais qu’il s’impose à plusieurs reprises des défis qui ne sont pas même pas sur sa route. Pourquoi? Ben, pour le plaisir voyons.

Il démarre son périple du Gabon, et se lance dans la traversée de l’Atlantique à bord d’un trimaran (sorte de catamaran à 3 coques), bateau initialement conçu pour des promenades de plaisance à bord du littoral, et certainement pas pour traverser un océan déchainé. Et cela, après avoir appris à naviguer.

Pendant une durée de 3 heures.

Sur le lac Léman (en Suisse).

Ça vous dresse le portrait de l’homme en deux temps trois mouvements.

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Il va donc traverser des océans, des jungles, gravir des monts, passer en un rien de temps de 40° du climat tropical à -15 du blizzard montagnard, franchir des frontières en guerre, surmonter seul des maladies et des accidents… C’est simple, Mike Horn n’a peur de rien. Ni de la jungle amazonienne dont il dit qu’il s’y sent chez lui. Ni de la morsure d’un serpent où il manque laisser sa peau. Ni des rapides qu’il remonte (oui, remonte, pas descend) à la nage en trainant une pirogue derrière lui. Ni de l’océan où son bateau manque se retourner plutôt trente fois qu’une. Ni des rebelles armés jusqu’aux dents de la République Démocratique du Congo. Ni quand il se fait embarquer, Kalachnikov sur la nuque, par une bande de guérilleros. Sauf à un rare moment où il baisse les bras face aux déchainements des éléments contre lui et son frêle navire lors de la traversée de l’océan indien, et où il remercie celui qui, « là haut », veille probablement sur lui (parce que sinon, on ne voit vraiment pas comment on peut en réchapper, d’une situation pareille), il fait preuve à tout moment et en toutes situations d’une volonté tout bonnement époustouflante.

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Plus qu’un récit d’aventures, j’en ai tiré un remarquable leçon, à défaut d’humilité et de modestie, mais de volonté, de ténacité, de persévérance, de courage et de force mentale. Ce type ne sait pas ce qu’Abandonner veut dire. Tant qu’il a de la force dans les bras et dans les jambes, il continuera à marcher, pédaler, nager, même avec ses 40° de fièvre lorsque la malaria s’impose à lui dans toute sa violence. Lorsqu’il se fait arrêter par des militaires corrompus qui veulent en tirer des sous, il continuera à marmonner « I don’t speak english » jusqu’à ce que, deux jours plus tard, excédé, on le laisse filer. Rien ne vient à bout de sa détermination, et il le martèle plusieurs fois: j’arriverai à mon but ou j’y laisserai ma vie. Sa passion pour la nature n’a d’égale que sa méfiance vis à vis des hommes. Et pourtant, c’est sa nature sympathique et bon enfant qui le tirera aussi plusieurs fois du guêpier.

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J’ai beaucoup aimé cette lecture, même si parfois, je suis restée sur ma faim. Son récit de la traversée de la jungle amazonienne était tellement prenant que j’aurais aimé qu’il soit encore plus détaillé et qu’il dure quelques dizaines de pages de plus. Certains disent de cet homme qu’il est égocentrique et qu’il manque de modestie, mais en toute franchise, je ne vois pas comment se montrer modeste quand tout le récit tourne forcément autour de son propre exploit. Son manque d’indulgence vis à vis des kenyans affamés et malingres qui l’assaillent de leurs mains tendues et de leurs supplications peut s’expliquer par la fatigue et le sentiment d’urgence. Bref, je ne partage pas les quelques critiques qui s’exaspèrent de ce qu’ils appellent son « autosuffisance ». J’ai au contraire gardé de cette lecture l’image d’un homme bien dans sa peau, bien dans sa tête, amoureux de la nature et du sport, volontaire et décidé, plutôt humaniste, et qui doit faire fureur dans les séminaires de motivation qu’il a l’habitude d’animer. J’ai hâte de lire ses autres livres, où il raconte notamment la marche au pôle Nord, de nuit.

Une lecture, donc, que je recommande aux amateurs de sensations fortes et de récits de voyage.

Latitude 0, Mike Horn, éditions pocket, 344 p.

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