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Battle RoyaheUn lycée imaginaire, dans un pays asiatique imaginaire, organise une sortie scolaire. Une classe d’élèves de 3ème est emmenée en bus sur une île coupée du monde. Pendant le trajet, les élèves sont endormis à leur insu, pour se réveiller dans ce qui semble être un cauchemar sanglant. Leur professeur leur demande tout bonnement de se battre les uns contre les autres, jusqu’au dernier survivant. Celui-ci pourra s’enorgueillir de l’honneur d’avoir participé à des recherches militaires, et vivre toute sa vie aux frais de l’Etat.

Comme une symphonie brutale et désaccordée, Battle Royale joue avec les nerfs de ses lecteurs et s’amuse à les lancer dans des montagnes russes où les rares pauses sont empreintes de douceur et de rires propres à l’adolescence, avant de se fondre dans des actes sanglants d’une violence inouïe. Comme face à un film de Tarantino, on est un peu abasourdi devant les enchainements d’actions brutales, de sauvetages héroïques, de mises à mort froides et impitoyables, le tout dans une nature sauvage digne des meilleurs épisodes de Lost, avec des petites pointes de kitsch qui nous rappellent que (à nos yeux) la culture nippone est décidément bien exotique.

Trahisons, peurs, stratégies, mais aussi complicité, loyauté et amour, c’est un véritable feu d’artifice qui exploite les émotions propres à l’adolescence pour les transposer dans une réalité apocalyptique. Qualifié de chef d’œuvre contemporain par plusieurs écrivains de renom, Battle Royale est le père originel japonais, grinçant et authentique d’un Hunger Games à qui on reproche souvent son côté aseptisé et commercial. Ici, on sent la sincérité de l’intention et de la démarche à plein nez. On retrouve cette tendance des japonais à être à la fois friands de violence absurde et gratuite, et de bons sentiments, d’amours adolescents, de petites jupes friponnes et d’innocence juvénile. C’est aussi un roman résolument moderne, qu’on imagine facilement transposable à l’écran (ce qui a été fait d’ailleurs, le film – japonais – a remporté un succès certain, mais je n’ai pas eu le courage de le visionner. Les images qui restent gravées dans ma tête me suffisent largement). Les retournements de situation sont nombreux, les traqués deviennent souvent les traqueurs, et vice versa. Le suspense est complet : vont-ils tous jouer le jeu, ou l’un d’entre eux finira par triompher du plaisir morbide et sadique du gouvernement?

Disons le franchement : je me suis régalée. Ce style qui va dans tous les sens, cette débauche de violence ahurissante, cette construction carrée et efficace et ces personnages déjantés et à la fois très touchants quand ils laissent transparaitre la vulnérabilité et la naïveté propres à la puberté, témoignent d’une haute maîtrise rédactionnelle, mais aussi scénaristique. Il faut être un chef d’orchestre sacrément balèze pour mener un tel sujet à terme sans trébucher et plonger dans la vulgarité, la bêtise ou le débordement nauséeux.

Pour un public jeune et adulte, mais en tous les cas averti.

Battle Royale, Koushun Takami, éditions Livre de Poche, 864 p.

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