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une-place-à-prendre-pochePagford est une petite bourgade paisible d’Angleterre, qui compte des familles de toutes les classes sociales, depuis le vieux couple d’aristocrates habitant le manoir de la ville et intervenant dans les hautes affaires de la région, jusqu’aux familles démunies qui hantent les maisons décrépies des « Champs », sorte de banlieue de HLM où les drogués et les enfants pouilleux se croisent dans un quotidien terne et sans espoir. Malgré cette population très hétéroclite, la vie suit son court sans heurts et sans événements majeurs, jusqu’à la mort brutale d’un notable de la ville, membre éminent du conseil paroissial, victime d’un AVC. Laissant derrière lui femme et enfants, ce décès d’apparence banal va agir comme un révélateur de toutes les querelles politiques qui occupent les membres du conseil depuis une cinquantaine d’années, mais aussi des mesquineries et méchancetés gratuites, de secrets honteux, de sentiments inavouables et de drames familiaux de cette communauté en apparence pacifiste et sans histoire. 

On suit donc le quotidien d’un groupe d’individus, représentatifs de leur société, chacun positionné sur l’échiquier social selon son appartenance à une « bonne famille », selon son origine (les Pagfordiens de souche vouant une haine sans égal à leur voisins Yarvilliens), selon sa profession, mais aussi selon son âge, les jeunes occupant une place primordiale, pour ne pas dire centrale dans ce roman (on connait l’affection de J.K. Rowling, auteur de la saga Harry Potter, pour les histoires adolescentes). Les événements déclenchés par la mort de Barry Fairbrother se succèderont dans une escalade non pas de violence (il ne s’agit ni d’un polar, ni d’un livre à suspense à proprement parler), mais de charge émotionnelle, faisant effet boule de neige qui mèneront les personnages à affronter leurs vérités et se remettre, pour certains d’entre eux, sur la case de départ.

On regrette au tout début le décès prématuré de Barry qui apparaît, selon les dires et les ressentis des autres caractères, comme étant le personnage le plus intéressant, en tout cas le plus sympathique du roman, face à des individus qu’on a du mal à apprécier ou à faire bénéficier d’une empathie quelconque. Mais il apparaît très vite que Barry n’aura jamais été aussi présent dans sa vie que dans sa mort. Tour à tour les personnages se révéleront dans leurs turpitudes les plus vicieuses et leurs valeurs les plus nobles en réaction à cette mort qui laissera un grand vide, que tous s’empresseront de remplir d’une manière plus ou moins honnête. De la Pagford lisse et figée qui se présente au lecteur dans les premières pages succède un tableau mouvant où la complexité des personnages se manifeste dans toutes ses nuances. J.K. Rowling conserve cet art de faire évoluer ses protagonistes et de nous les révéler dans toutes leurs facettes, les plus glorieuses comme les plus noires. Les figures adolescentes sont remarquablement bien traitées et représentent un miroir sincère et honnête du visage réel de leurs parents, dissimulés derrière des façades de convenances et de savoir-vivre. Façades qui finiront par se fissurer, jusqu’à éclater et éclabousser la petite ville de scandales en tous genres.

Maintenant, l’écriture m’a gênée en ce qu’elle donnait l’impression d’un écrivain jeunesse qui veut entrer dans la cour des grands. Je n’ai pas retrouvé la fluidité et la simplicité du style Harry Potter, parfaites pour un roman jeunesse, où l’action prend le pas sur le style littéraire. Ici, pas d’actions d’envergure, pas de suspense particulier, pas d’intrigue réelle, mais plutôt un roman psychologique à l’ambiance noire et angoissée (tout ce que j’aime, donc 🙂 ), où un style plus recherché mais moins compassé avec des phrases plus courtes aurait été appréciable.

En gros, je ne conseillerai certainement pas ce roman aux fans de J.K. Rowling, dont la volonté de se détacher de l’univers jeunesse est plus que palpable. Ni aux aficionados de la belle littérature qui seront très frustrés par le style approximatif du roman. Mais plutôt aux amoureux de l’Angleterre (car on y perçoit une atmosphère très british), des personnages complexes qui se dévoilent au fur et à mesure et de la lente montée en puissance du récit, qui implique la patience et l’indulgence du lecteur. Pour ma part, je me suis beaucoup attachée aux personnages, et si la lecture n’a pas toujours été confortable, j’ai quand même fini le roman assez rapidement. A refaire, peut être, qui sait? Je guette les sorties de J.K. Rowling avec la curiosité d’une commère anglaise 😉

A noter que le roman a été adapté en série tv par la BBC, remportant un vrai succès d’audience. J’ai regardé le premier épisode qui m’a paru très proche du roman, et j’ai préféré m’arrêter là pour essayer plutôt la lecture. Je ne le regrette pas 🙂

Une Place à Prendre, J.K. Rowling, éd. Livre de poche, 682 p.

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