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cavaliersFraichement diplômé d’une école de commerce parisienne, Louis Meunier décide de sortir des sentiers battus et d’une carrière professionnelle toute tracée pour intégrer le combat humanitaire d’une ONG basée à Maïmana, en Afghanistan. Durant le voyage en avion, il dévore Les Cavaliers de Joseph Kessel, et tombe aussitôt amoureux d’une culture et d’un pays avant même d’y atterrir. C’est ainsi que commence une passion durable et vivace d’un jeune français pour un pays que nous découvrons assez loin des images horrifiques véhiculées quotidiennement par les médias.

Louis n’est pas un touriste du dimanche. D’abord, c’est un travailleur acharné, qui va prendre son rôle très au sérieux, et perdra à la fois des kilos et des heures de sommeil à essayer de concilier les failles organisationnelles de l’ONG et de ses bailleurs de fond, les besoins énormes de la population en soins, provisions, conseils et savoir-faire, avec la loyauté chancelante des employés afghans, leur méfiance vis à vis de l’envahisseur occidental, leur système de valeurs patriarcal, mais aussi les incertitudes quant à la stabilité du pays, la menace grandissante de talibans sur le retour et les aléas d’un climat rude et d’une nature qui impose sa puissance à l’homme. Il va s’employer à créer une équipe « d’irréductibles afghans » autour de lui, des hommes sur qui il pourra s’appuyer en toutes circonstances et qui prouveront leur loyauté, leur courage et leur abnégation à maintes reprises, créant ainsi des liens d’amitiés profonds et durables. Il arpentera les rues poussiéreuses et tortueuses de Maïmana, s’intégrant peu à peu dans un pays qui ne voit les étrangers que d’un demi-oeil circonspect, boira des litres de thé avec les marchands, se familisera avec un système de pouvoir hiérarchique complexe et apprendra les multiples ramifications d’un peuple qui n’a jamais été plus uni que dans son combat contre les envahisseurs et les opportunistes de guerre. Ethnies, tribus, communautés diverses, l’Afghanistan est multiple et les afghans ont chacun des ancêtres venus des pays limitrophes, et bien au delà. Les turkmènes, les ouzbeks, les kazakhs, les tartares, et j’en passe.

Dans sa découverte de l’Afghanistan, Louis va avoir un coup de foudre pour le sport national, le Buzkashi, et pour la réputation et le courage de ses pratiquants, les Tchopendozs. Mais Louis est un téméraire, une tête brûlée. Au lieu de se contenter d’assister aux joutes et aux combats féroces que se livrent les tchopendozs sur le terrain, il va s’entêter, braver des interdits, défier de puissants régents, manoeuvrer habilement et subtilement jusqu’à devenir le premier tchopendoz khareji (« étranger »). Son amour pour les chevaux et le sport équestre trouvera son apogée dans ce pays de cavaliers des steppes qui ne jure que par ses destriers. Le récit va s’affiner et s’orienter jusqu’à faire du cheval son principal protagoniste. Les nombreuses quêtes du parfait cheval de buzkashi, les tractations et les négociations autour des tournois, les entraînements, les randonnées dangereuses pour découvrir les confins du pays et sa nature sauvage. Il est normal que Louis Meunier, dans sa personnalité qui se marie finalement bien mal avec le mode de vie lisse et aseptisé occidental, dans sa passion pour la nature et les chevaux, dans son caractère revêche et fier, soit autant fasciné par l’Afghanistan et noue un lien éternel avec ce pays et ses habitants.

Une lecture très intéressante, fascinante. Bon, ce n’est pas mon premier livre sur l’Afghanistan (je pense notamment au sublime « Les cerfs-volants de Kaboul » de Khaled Hosseini), et je ne suis pas complètement étrangère à ce système de valeur et d’honneur décrit par l’auteur. Je pense que l’objet de ma fascination est plus Louis Meunier lui même que le récit qu’il livre sur son expérience en Afghanistan. J’aurai aimé partager la moitié de son courage, de sa ténacité et de son audace, avec peut être un peu moins de prise de risque. Ce n’est pas tant que l’auteur paraît très sympathique (parce que ce n’est pas toujours le cas), mais il est impossible de ne pas être admiratif devant le personnage. Surtout quand on a souvent affaire à des « expatriés » qui vivent dans leur bulle et profitent des attraits d’un pays étranger sans jamais faire le moindre effort pour apprendre la langue locale, nouer des liens avec les habitants et s’intégrer au mode de vie de la région.

Alors on s’y perd un peu, entre les noms ressemblants des afghans, des tribus, des ethnies, des villages et de villes, mais on retient l’essentiel: la passion de Louis pour un pays aux multiples facettes qu’échouent à dévoiler les médias occidentaux. Un pays qui repose sur un système compliqué d’honneur, de dignité, de virilité, teinté de méfiance et d’agressivité, au sein d’une nature éblouissante de beauté et de diversité. Une lecture très intéressante donc, très instructive, et d’un accès plutôt facile: le pages tournent sans répit jusqu’à la dernière. Que demander de plus? 🙂

Les cavaliers Afghans, Louis Meunier, éditions Kéro, 336 p.

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